Claude Ryan : Une courte biographie

Claude Ryan (1925–2004)

par Robert Joseph Di Pede et Daniel Cere
Traduite par Stéphanie Roesler et Anne Leahy

 

Table des matières

1. Les premières années
2. L’Action catholique
3. Journalisme
4. Politique
5. Le Centre Newman et les études catholiques à l’Université McGill
6. Sélection de publications de Claude Ryan
7. Sélection de prix et de titres
8. Sélection de textes en ligne par Claude Ryan

 

Les premières années

Claude Ryan est né le 26 janvier 1925, fils de Henri-Albert Ryan et Blandine Dorion. Il était le frère cadet de Gérald Ryan (décédé en 2002) et le frère aîné d’Yves Ryan (décédé en 2014). Mère célibataire vivant sous la Grande Dépression, Blandine a fait face à l'épreuve d'élever trois enfants dans des conditions misérables. En dépît de cet obstacle de taille, elle a réussi à donner une excellente éducation à ses trois fils, leur ouvrant le chemin vers des carrières prestigieuses en droit, en politique et en journalisme. L’éducation du jeune Claude Ryan eut lieu à Saint-Jean-de Matha à Ville-Émard, après quoi il fut élève au Collège Sainte-Croix où, de 1937 à 1944, sous la direction des prêtres de la Congrégation de Sainte-Croix, il reçut une solide éducation, fondée sur les classiques gréco-romains. En 1944, à 19 ans, Ryan entra à l’école de service social de l’Université de Montréal où il poursuivit une formation en travail social jusqu’en 1946.

 

L’Action catholique

Ryan faisait sienne la devise de l’Action catholique de ‘vois-juge-agit’

Pendant ses années à l’université, Ryan s’impliqua au sein de l’Action catholique. Extrêmement populaires et ayant une forte influence dans de nombreux pays catholiques à l’époque, les mouvements de l’Action catholique étaient des associations d’hommes et de femmes laïcs qui cherchaient à recevoir une solide formation morale et religieuse selon la tradition catholique, afin d’encourager la présence vivante de la foi catholique à tous les niveaux de la vie et de l’action ­– politique, économique et sociale.

 

L’engagement de Ryan auprès de l’Action catholique s’est développé avec les années et devint l’une des expériences les plus formatrices de sa vie. Tout en étudiant à l’Université de Montréal entre 1944 et 1946, Ryan fut élu au poste de secrétaire national de la section de langue française de l’Action catholique canadienne. En 1950, il publia son plus célèbre essai Les classes moyennes au Canada français qui fit porter les perspectives fondamentales de l’enseignement social catholique sur les réalités sociales et politiques du Québec de l’époque. Entre 1951 et 1952, Ryan entreprit un programme d’études à l’Université pontificale grégorienne à Rome, portant sur l’histoire de l’église et l’histoire mondiale – intérêts qui resteraient les siens pendant toute sa vie.

 

Ryan aux études à l’Université pontificale grégorienne à Rome

Quand Ryan revint au Québec, il reprit son poste à la tête de l’Action catholique et travailla dans un bureau à l’archidiocèse de Montréal qui était adjacent au bureau du cardinal. L’étroite proximité avec le bureau du cardinal symbolisait l’intime relation professionnelle entre Claude Ryan et l’Archevêque et Cardinal Paul-Émile Léger (1950–1968). Ryan était au cœur du quartier-général de l’Église à Montréal qui exerçait une grande influence et ce, au moment où d’importants dirigeants religieux et laïcs nourrissaient le ferment social et politique qui porta ses fruits au cours de la Révolution tranquille du Québec. À cette époque, Ryan rencontra Madeleine Guay, une collègue de l’Action catholique dont il tomba amoureux. Ryan épousa Madelaine en 1958 à l’église de Saint-Louis-de-France.

 

Quand le Second Concile du Vatican s’ouvrit en 1962, l’attention de Ryan se déplaça de Montréal vers Rome. Vatican II a représenté la première tentative à l’échelle de l’Église toute entière de revoir sa relation avec le monde moderne. Le journal montréalais Le Devoir demanda à Ryan de couvrir cet événement de grande importance pour ses lecteurs. Le 12 octobre 1962, son premier article parut : Le pape inaugure «Vatican II». L’unité du genre humain, but premier du Concile.

 

Ryan est reçu par le pape Jean Paul II

La même année, Ryan fut nommé président du comité spécial consacré à l’éducation des adultes par le Ministère de l’Éducation du Québec, ce qui maintint son association avec l’Église catholique pour encore deux années seulement. Sa nomination était fondée sur sa vision de l’Action catholique, qui était marquée par un fort intérêt pour l’éducation des adultes; son opinion sur le sujet avait déjà été explorée dans une certaine mesure dans l’étude publiée qui portait le titre de L’éducation des adultes, réalité moderne (1957). Il revint à la question de l’éducation plus tard dans sa vie, à la fois selon une perspective  politique en tant que représentant élu à l’Assemblée nationale du Québec et en tant qu’enseignant à l’Université McGill.

 

En assumant ses nouvelles responsabilités à la fin des années 1960, Ryan mit un terme à ses dix-sept ans de service dans l’administration de l’Action catholique. Vers la fin de sa vie, Ryan reconnut l’impact persistent de l’Action catholique sur sa formation personnelle et professionnelle, y compris son approche du journalisme, de la vie publique et de sa politique libérale-démocrate. Dans l’élaboration et la prise de décision en politique publique, il resta fidèle à la simple méthode de l’Action catholique de « observe-juge-agit » – une phrase qu’il citait souvent.

 

Journalisme

Ryan fut le directeur du Devoir de 1964 à 1978

Ryan acquit rapidement une réputation de journaliste de talent, faisant preuve de compétence, d’intégrité et de style. La diversification de ses intérêts, au-delà de ses préoccupations pour l’Église, a sans doute été motivée par son engagement dans d’autres domaines de la société civile, comme sa titularisation au conseil d’administration de la Caisse populaire Sant-Louis-de- France de 1956 à 1968, dont il devint vice-président de 1963 à 1968.

 

En 1964, Ryan fut nommé à un éventail impressionnant de fonctions, y compris directeur du journal Le Devoir, gérant-général de l'Imprimerie populaire limitée, et membre du conseil d’administration de La Presse. Lorsque Ryan accepta ces nouvelles responsabilités, il apporta une approche sociale progressiste à la démocratie libérale, influencée par sa propre vision de l’enseignement social catholique.

 

Les prix et les honneurs que Ryan reçut à ce moment relativement précoce de sa vie reflètent à la fois son talent exceptionnel de journaliste et d’éditeur, ainsi que l’influence de son catholicisme socialement progressiste. Il reçut tôt plusieurs prix, dont le prix de l'éditorial du National Newspaper Award (1964) et le prix du National Press Club (1965). Il fut nommé au Canadian News Hall of Fame en 1968 et reconnu pour ses contributions aux questions inter-religieuses et des droits de la personne, en recevant le Human Relations Award du Conseil canadien des chrétiens et des juifs (1966) et le prix du Comité ouvrier juif du Canada pour sa défense des droits de l'homme (1969).

 

Pendant les années 1960, Ryan porta son attention aux problèmes importants dont le Québec fit l’expérience durant cette période d’intense agitation sociale et politique. Il fut immergé dans les débats nationalistes et constitutionnels centrés sur les questions d’identité culturelle, la protection et le développement de la langue française et la souveraineté québécoise. La crise d’octobre de 1970 fut un moment traumatique pour la culture politique québécoise et posa de sérieux défis à Claude Ryan, l’un des intellectuels les plus importants dans la sphère publique. Son livre Le Devoir et la crise d'octobre 70, publié un an après la crise, explorait la question de l’intégrité journalistique dans le contexte de la démocratie libérale et de l’agitation sociale. En se remémorant ses années au Devoir avant sa mort en 2004, Ryan écrivit : « Au Devoir, j’ai appris à comprendre les profondes racines de l’attachement de notre peuple à la préservation de son identité ».

 

Politique

Ryan mène le camp du ‘Non’ pendant le referendum de 1980 au Québec

The Parti Québécois came to power in 1976 and Ryan was slowly drawn into the political arena.

 

Le Parti québécois arriva au pouvoir en 1976 et Ryan se trouva peu à peu entraîné dans l’arène politique. Selon Ryan, un mandat politique n’était pas une chose à laquelle il aspirait; c’était plutôt quelque chose vers quoi il fut attiré par les circonstances et par nécessité. Son élection à la tête du Parti libéral en 1978 fut suivie de quatre mandats consécutifs de député à l’Assemblée nationale entre 1979 et 1993. Ryan fut à la tête de l’opposition officielle de 1979 à 1982, années pendant lesquelles il défendit victorieusement le « Non » au référendum de 1980 sur la souveraineté du Québec. Durant cette période critique, Ryan travailla en étroite relation avec sa femme, Madeleine, qui eut aussi un rôle crucial dans la promotion de la campagne pour le « Non ». Le décès inattendu de Madeleine en 1985 causa une grande peine à Ryan et à leurs cinq enfants. Cependant, sous le mandat de Bourassa comme Premier ministre (élu en 1985), Ryan fut propulsé dans bon nombre de rôles politiques, comme ministre de l’Éducation, ministre de la Sécurité publique, ministre des Affaires municipales, et ministre chargé de l’application de la Charte de la langue française.

 

M. Claude Ryan et le très honorable Brian Mulroney, ancien premier ministre du Canada

Pendant sa carrière politique, Ryan s’efforça d’aider le Québec à définir sa place dans le système fédéraliste canadien. Quand il se retira de la vie politique active, il publia une œuvre majeure, Regards sur le fédéralisme (1995), dans laquelle il réitérait que le fédéralisme politique paraissait offrir le meilleur cadre à la quête de liberté et de respect mutuel, sans lequel des caractéristiques fondamentales du Canada, comme le bilinguisme et la diversité culturelle ne pouvaient prospérer. La même année, Ryan fut accueilli au sein de l’Ordre du Canada comme compagnon, rang le plus élevé et le plus prestigieux.

 

Au cours de sa retraite, Ryan fit montre de la même éthique de discipline au travail en tant qu’intellectuel et éducateur. Par ses articles, ses essais, ses entrevues et dans ses conférences publiques, il continua d’influer sur les débats d’intérêt public. Les activités de ses ultimes années révélèrent une large gamme d’intérêts, du domaine religieux aux questions civiques, comme son travail pour la station catholique montréalaise Radio Ville-Marie (fondée en 1995) et son service au sein du Conseil québécois du loisir.

 

Le Centre Newman et les études catholiques à l’Université McGill

Ryan passa les dernières années de sa vie à enseigner la
pensée sociale catholique à l’université McGill.

Dans les dix dernières années de sa vie, Ryan parla plus explicitement du rôle et de l’importance de la foi dans sa formation personnelle et de son rôle important dans l’espace public. Après une invitation du Centre Newman de l’Université McGill en 1997 à donner une conférence publique sur L’héritage de Henry Newman pour notre âge séculier, Ryan s’impliqua progressivement dans les activités intellectuelles du Centre en contribuant à la revue du Centre, The Newman Rambler, et participant à des groupes de discussion rassemblant étudiants et professeurs. L’une de ses contributions les plus significatives fut une série de conférences sur les Sermons paroissiaux (Parochial and Plain Sermons) de John Henry Newman. À travers ces réflexions interactives et inspirantes, Ryan offrit un aperçu pénétrant des textes de Newman, qu’il lisait apparemment depuis des années et avec lesquels il était intimement familier. En 1999, l’Université McGill remit à Claude Ryan un doctorat en droit honoris causa, première des trois universités au Québec à l’avoir fait. En 2000 il conçut un cours sur la pensée sociale catholique pour le nouveau programme en Études catholiques, qu’il donna ensuite jusqu’en 2003.

 

Avant sa mort, Ryan fit don de sa bibliothèque personnelle au Centre Newman. Après son décès en 2004, en reconnaissance de son estime personnelle pour le Centre Newman, la famille Ryan légua aussi un grand nombre de photographies et d’importants prix de reconnaissance universitaires et nationaux. Le Centre Newman fit porter le nom de Claude Ryan à la pièce qui abrite cette collection historique maintenant connue sous le nom de bibliothèque Claude Ryan. Aujourd’hui, la collection est entièrement cataloguée et peut être consultée sur rendez-vous. Également en hommage au legs de Claude Ryan, le Centre Newman inaugura en 2004 une conférence annuelle portant son nom, The Claude Ryan Lecture in Catholic Social Thought. Parmi les conférenciers invités, on retrouve des universitaires de renom travaillant à la frontière entre la religion et la sphère publique, tels Russell Hittinger (Université de Tulsa), Nicholas Adams (Université d’Édinbourg) et William Cavanaugh (Université De Paul).

 

Les auteurs souhaitent remercier M. Patrice Ryan et le Professeur Michael Gauvreau de les avoir aidés à vérifier certains détails historiques ainsi que l’auteur non identifié de la biographie officielle de Claude Ryan sur le site web de l’Assemblée nationale du Québec, source de renseignements historiques importants.

 

Sélection de publications de Claude Ryan

Les classes moyennes au Canada français (1950)
L'éducation des adultes, réalité moderne (1957)
Le contact dans l'apostolat (1959)
Esprits durs, coeurs doux; la vie intellectuelle des militants chrétiens (1959)
Les comités: esprit et méthodes (1962)
“L’Amour Humain dans le context d’aujourd’hui,” in Don de Dieu, L’Action Catholique Canadienne (1962)
Un type nouveau de laïc (1966)
Le Devoir et la crise d'octobre 70 (1971)
Le Québec qui se fait (1971)
Une société stable (1978)
Regards sur le fédéralisme (1995)
“Newman’s Legacy for Our Secular Age,” in The Newman Rambler (1997)
Mon testament spirituel (2004)
The Catholic Church and Modern Society: Catholic Social Teaching from Leo III to John Paul II (forthcoming)

 

Sélection de prix et de titres

National Newspaper Award for editorials (1964)
Human Relations Award du Conseil canadien des chrétiens et des juifs (1966)
Nommé au Canadian News Hall of Fame (1968)
Prix du Comité ouvrier juif (1969)
Quill Award du Windsor Press Club (1971)
Compagnon de l’Ordre du Canada (1995)
Prix de Carrière du Québec (1996)
Votée personne de l’année par La Presse (1996)
Médaille de mérite du Bureau des Communications sociales (1997)
La Compagnie des Cent-Associés : Association canadienne des éducateurs de langue française (1997)
Doctorat en droit honoris causa, Université de l’Alberta (1998)
Doctorat en droit honoris causa, Université McGill (1999)
Doctorat en sciences sociales honoris causa, Université Laval (2000)
Doctorat en théologie honoris causa, Collège dominicain de philosophie et de théologie (2000)
Doctorat en philosophie honoris causa, Université Concordia (2000)
Médaille d’or de l’Ordre du mérite de la Fédération des commissions scolaires du Québec (2001)
Lifetime Honorary Fellow of the Institute for Research on Public Policy (2002)
Commandant de l’Ordre de la Pléiade (2004, posthume)
Grand Officier de l'Ordre national du Québec (2004, posthume)

 

Sélection de textes en ligne par Claude Ryan

Claude Ryan fut un personnage d’ importance majeure dans l'histoire du Québec moderne et au Canada. Il fut aussi un membre fondateur de l'Institut Newman d'études catholiques. Son grand intérêt pour la relation entre foi et culture a perduré pendant toute sa carrière. Cette petite sélection de textes tirés des vastes corpus d'écrits de Ryan provient de ses diverses contributions à deux revues du Centre Newman : Crosslight: A Catholic Quarterly (1958-1963), et The Newman Rambler (à partir de de 1996). Télécharger textes par Claude Ryan.

 

© The Newman Rambler: Faith, Culture, and the Academy et le Centre Newman de l’Université McGill, Montréal, Québec, 2014.

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